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Nouvelle littéraire

Cœur de Guerrier - Chapitre deux

Emmanuelle M. Masson - 3e secondaire le 24-11-2014 à 23:18




Bonjour à tous ! Alors, cette semaine, je vous présente la suite de Cœur de Guerrier, l’histoire commencée il y a deux semaines. Sans plus d’introduction, passons à l’histoire ! (Post-scriptum : Ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas reconnu le chat à gauche dans l’image du dessus, cette petite va arriver dans deux semaines ! Les deux chats à gauche sont Nuage de Faucon et Coeur d’Hiver.)

Nuage de Faucon tendit l’oreille et finit enfin par entendre le lapin qu’il traquait. À pas de loup, il s’approcha de la petite bête jusqu’à en voir le pelage blanc et se lécha les babines. Tranquillement, il se prépara, sortit ses griffes, calcula la force qu’il devrait prendre… recula de quelques pas… et bondit. PAF ! Le lapin s’enfuit en courant, et Nuage de Faucon poussa un feulement et tenta de s’échapper. Ses pattes arrières s’étaient emmêlées dans des fougères alors qu’il reculait et maintenant, il était coincé. L’apprenti, furieux, se mit à se contorsionner et à se débattre de toutes ses forces. Il feula, griffa, miaula et passa de nouveau sa rage sur des plantes qui l’entouraient. Cœur d’Hiver contempla de derrière un arbre son fils avec un air déçu. Le lieutenant sortit de sa cachette sans un bruit et s’approcha de Nuage de Faucon.

- Laisse-moi t’aider.

- Ne m’approche pas !

-Je comprends ce que tu peux ressentir, mais…

- Tu ne comprends absolument rien, sale lâche ! Recule !

Le père grogna et se calma après quelques secondes.

- Je comprends bien plus de choses que tu ne le crois, Nuage de Faucon.

-Non, tu ne peux pas ! Tu nous as menti, tu traites ma mère de menteuse en disant que tu es mon père !

-Mais je le suis !, s’écria Cœur d’Hiver d’un ton exaspéré. Nuage de Faucon releva très bien ce ton et feula.

- Non, tu ne l’es pas. Et si un jour tu deviens chef et que moi, j’ai droit au baptême, entends moi bien : jamais je ne te laisserai me donner mon nom de guerrier. JAMAIS !

Puis, l’apprenti au pelage brun tigré coupa les fougères d’un coup de griffe et s’en retourna vers la grotte qui faisait office de campement, laissant son père sur le chemin.

Ce dernier avait le cœur en miette. Il faisait tant d’efforts pour se rapprocher de son enfant, mais celui-ci était si cruel ! Pourquoi n’avait-il aucun accès vers la vie de Nuage de Faucon ? Pourquoi préférait-il recevoir un coup de griffe sur le museau plutôt que de parler à son fils ? Probablement parce que la première option faisait moins mal. Et si le temps ne suffisait pas à apaiser l’apprenti, et s’il détestait son père jusqu’à sa mort ? Comment sauver son fils alors que celui-ci sombrait déjà, alors qu’il ne voyait qu’un lâche plutôt qu’un père ? La mort dans l’âme, le lieutenant se remit à marcher dans la forêt en se demandant s’il arriverait toujours trop tard pour ses enfants.




Nuage d’Orchidée et Nuage de Plume s’approchèrent lentement de leur frère Nuage de Faucon, qui se tenait depuis quelques heures devant le ravin. Celui-là même où leur mère était morte. Depuis que Cœur d’Hiver lui avait dit qu’il ferait mieux de cesser l’entraînement, la veille, l’apprenti se tenait là. Bien sûr, il ne comptait pas se tuer. Il ne faisait que veiller.

Les deux apprentis s’allongèrent de part et d’autre de leur frère et écartèrent les quelques ossements autour de lui, preuve qu’il s’était apporté de la nourriture pour manger près du ravin. Le jeune chat au pelage brun parcourait du regard le parcours que Lune de Flamme avait accompli avant de tomber et de mourir. Nuage d’Orchidée parla doucement, et l’handicapé ne cilla pas. « Ce n’est pas de ta faute, Nuage de Faucon, ni de la nôtre… ni même celle de Cœur d’Hiver. C’était un accident, tu le sais. »

L’apprenti aux pattes tordues, s’il ne feula pas au nom de son père, ne réagit pas non plus. Il avait fait un bond vers le passé, le jour où sa confidente était morte, juste avant leur baptême d’apprenti.

Les trois étaient encore de jeunes chatons et jouaient dans la forêt, en parfaite santé, faisant la fierté de leur mère. Ils n’avaient pas leurs noms d’apprentis et se nommaient Petit Faucon, Petite Plume et Petite Orchidée. Caché derrière les arbres, sans être remarqué, Cœur d’Hiver observait de loin ses enfants avec un sourire fier. Il attendait impatiemment le jour où Lune de Flamme lui permettrait d’enfin dire la vérité à ses enfants : pour l’instant, elle refusait sous prétexte qu’avoir un lieutenant et futur chef comme père leur donnerait l’impression d’avoir des privilèges en plus.

Enfin, lui savait que c’était simplement parce que sa compagne n’aimait pas partager l’éducation de ses chatons et qu’elle les gardait jalousement. C’était là le défaut de la chatte : elle voulait avoir tout l’amour des chatons en exclusivité, et leur enseigner elle-même ce qu’elle savait en toute solitude. Perdu dans ses pensées, Cœur d’hiver avait à peine vu Petit Faucon courir vers le ravin en tentant d’attraper un petit oiseau. Il n’avait pas non plus vu Lune de Flamme tenter de rattraper son chaton, puis glisser dans le ravin. Les hurlements, il les avait entendus. Ce fut à ce moment-là qu’il entendit son nom, hurlé depuis la bouche de Petit Faucon. « Cœur d’Hiver, maman tombe ! » Le chaton l’avait vu, derrière un arbre, observer le ravin d’un air distrait. Les trois chatons tentaient à grand-peine de retenir leur mère en lui tenant les pattes. Le lieutenant s’était élancé pour sauver sa compagne, mais trop tard : elle tombait déjà et aurait entraîné Petite Orchidée, Petite Plume et Petit Faucon s’il ne les avait pas tous écartés d’un grand coup de patte. Le petit chat au pelage brun venait de perdre ses illusions. De perdre sa mère. De se faire frapper par Cœur d’Hiver. Lorsqu’il regarda le lieutenant, il ne vit plus qu’un lâche, un meurtrier, un chat qui avait voulu observer la mort de Lune de Flamme sans rien faire. Lorsqu’il leur annonça le lendemain qu’il était leur père, la réaction de Petit Faucon ne se fit pas attendre. Il détestait Cœur d’Hiver, mais plus encore, il détestait le sang qui coulait dans ses propres veines.


Nuage de Plume poussa un soupir et se pressa contre Nuage de Faucon. Les mots ne pouvaient réconforter l’apprenti blessé, et ça, son frère et sa sœur le savaient. C’était leur soutien le plus important, pas ce qu’ils disaient.

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