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Nouvelle littéraire

Cœur de Guerrier - chapitre trois

Emmanuelle M. Masson - 3e secondaire le 16-12-2014 à 00:29




« Nuage d’Orchidée, avance-toi », déclara Étoile de Rose avec un miaulement satisfait. « Tu as servi ton clan et désormais, ton apprentissage est terminé. Tes capacités de chasse et ton grand soutien sont reconnus, et tu es maintenant une guerrière à part entière. Ton nom sera Aile d’Orchidée. »

La chatte rayonnante de fierté se tourna vers son frère Nuage de Plume, qui attendait derrière, puis chercha du regard Nuage de Faucon. Elle perdit quelque peu son sourire lorsqu’elle constata que son frère handicapé n’était pas au premier rang pour le baptême : en effet, il en voulait aux autres apprentis de ne pas l’attendre.

Il leur en voulait de ne pas avoir voulu l’aider à s’entraîner, « de peur de le blesser ». L’apprenti s’était placé en retrait, mais il écoutait avec tristesse et colère les paroles d’Étoile de Rose. Ses griffes étaient sorties et raclaient la terre.

La meneuse s’efforça de continuer, aussi triste de ne pas pouvoir baptiser Nuage de Faucon, mais heureuse de la cérémonie. « Nuage de Plume, tu as aussi accompli ton entraînement avec succès. Pour tes talents de stratège et ta persévérance, nous t’accueillons comme guerrier à part entière. Ton nom est désormais Plume du Vent. Félicitations ! »

Le chat ronronna, puis se tourna et croisa le regard de Nuage de Faucon. De l’extérieur, le nouveau guerrier savait que son frère semblait insensible, cruel et méprisant envers le clan. Nuage de Faucon était orgueilleux et n’avait jamais cherché à dissimuler ses sentiments, ses qualités ou même ses défauts.

Certains se souvenaient aussi combien le baptême de guerrier était important aux yeux de Nuage de Faucon : depuis qu’il savait parler, c’était son sujet de conversation préféré. Et c’était maintenant, à cause de ses pattes tordues, une fête qui lui était inaccessible. Une fierté impossible à atteindre, un rêve qu’il avait tant caressé et qui lui avait filé entre les pattes.

Plume du vent s’approcha de son frère et frôla sa truffe, suivit par Aile d’Orchidée. Pendant que les autres célébraient et retournaient à leurs occupations, les trois chats se couchèrent côte à côte, comme soudés ensemble. Aile d’Orchidée prit la parole. « Ne t’inquiète pas, Faucon. Ton tour viendra… et tu sais que pour moi et Plume du Vent, tu es déjà un guerrier. Tu es Cœur de Faucon. Un jour, ce nom sera sur toutes les lèvres. Cœur de Faucon… le grand, le fort, le courageux, le chef de clan, le meilleur guerrier », annonça-t-elle en ronronnant.

L’apprenti au pelage brun ne répondit rien, mais ces paroles le touchèrent profondément. Il se répéta le nom dans sa tête et en frémit du bout de la queue jusque dans ses moustaches. Cœur de Faucon. Cœur de Faucon le guerrier, l’impitoyable, le chef de clan. Un jour… oui, un jour, je serai Cœur de Faucon, le guerrier.


Ce matin-là, Aile d’Orchidée et Plume du Vent étaient partis avec Nuage de Faucon pour s’amuser un peu en forêt et passer du bon temps ensemble, seuls. Cœur d’Hiver et Étoile de Rose, ravis de voir les frères et la sœur réunis, ne s’étaient pas inquiétés même si aucun d’eux n’avait donné signe de vie de toute la journée. Cependant, lorsque le soir se mit à tomber, le lieutenant déclara que c’en était assez et qu’il ne fallait pas exagérer, puis s’était lancé à la recherche de ses enfants avec sa meneuse.

Un cri puissant et déchirant les avait alertés. Un hurlement de Nuage de Faucon, pareil à celui qu’il avait lancé lorsque sa mère était tombée du haut d’un ravin lorsqu’il était jeune. Les deux vétérans s’étaient regardés, inquiets, et s’étaient élancés vers l’apprenti aux pattes tordues. Celui-ci était juste au-dessus du ravin, observant les rochers ensanglantés avec un air furieux, confus, triste et découragé.

Ses griffes étaient couvertes de sang et de poils blancs et roux, comme s’il avait essayé de retenir un autre chat de tomber –ce qui n’était pas loin de la vérité–.

Dès que Cœur d’Hiver fit mine d’approcher, il ne songea pas que la fureur de Nuage de Faucon ne ferait qu’éclater. Aussi fut-il surpris de voir son fils se tourner vers lui avec fureur et l’observer comme s’il était un moins que rien et un traître. L’apprenti hurla si fort que des oiseaux s’envolèrent, apeurés.


- Elle t’a appelé, TOI ! Moi, j’étais là, et elle ne m’a pas appelé ! Orchidée était à deux centimètres de la mort, retenue par MES griffes, et ce n’est même pas moi qu’elle a appelé ! Elle a hurlé TON nom ! Pas le mien !
- Nuage de Faucon, dit Étoile de Rose, calme-toi ! Ce n’est pas de la faute de Cœur d’Hiver, ni de la tienne. Dis-nous ce qui s’est passé…
- Tu dis que ce n’est pas de ma faute et tu n’as même pas entendu l’histoire ! grogna-t-il. J’ai son sang sur mes griffes ! J’ai le sang de mon frère et de ma sœur SUR MES GRIFFES !
- Nuage de Faucon ! commença Cœur d’Hiver.
- TOI, ne parle même pas, sale traître d’égoïste ! Elle t’a appelé, tu ne l’as même pas entendu ! Orchidée est tombée dans le ravin, je m’accrochais à elle de toutes mes forces et elle a HURLÉ ton nom dans mes oreilles ! Elle t’a appelé Papa ! Quel père n’entendrait pas sa fille appeler à l’aide, hein ?! Et où étais-tu, toi, hein ? Dans la forêt, encore, tout près d’ici, avec Étoile de Rose, à ne rien voir, encore !
- Ce n’est de la faute à personne, Nuage de Faucon !
- Vous n’êtes arrivé qu’après, continua Nuage de Faucon, seulement après que Plume du Vent soit… soit tombé aussi ! Mais lui… il a toujours été le plus brillant d’entre nous... il n’a ni fait l’erreur de t’appeler, ni même fait l’erreur de te considérer comme son père devant moi ! Après ce qui s’était passé !
- Nuage de Faucon, calme-toi !

L’apprenti s’écarta en feulant, ayant clairement l’envie de bondir sur son père et de le pousser à son tour dans le ravin. Puis, la lune fut obscurcie par les nuages et Cœur d’Hiver se figea : le clan des étoiles qui leur envoyait un message ? « Il faut rentrer… vite ! » dit-il.

Nuage de Faucon se mit alors à hurler et à se débattre, puis tomba au sol. Un voile noir assombrit ses yeux, et dès lors, l’attention ne fut plus sur les deux cadavres d’Aile d’Orchidée et de Plume du Vent dans le ravin, mais plutôt sur l’apprenti handicapé qui souffrait et qui criait à s’en briser les cordes vocales. Étoile de Rose recula de quelques pas, terrifiée par ce qu’elle voyait et reconnaissait.

Les pattes arrière de Nuage de Faucon bougeaient, mais rien dans ce mouvement n’était naturel. Ses pattes se replaçaient, comme guidées par une force invisible, et ses yeux devinrent plus sombres, plus agressifs. Les deux vétérans reconnaissaient ce phénomène, mais savaient aussi que cette fois-ci, cela n’avait rien à voir avec le clan des étoiles et n’avait rien de bienveillant. C’était une possession.

Scène du baptême de guerrier d’Aile d’Orchidée et de Plume du Vent :

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