Éditoriaux
Sports
Environnement
Société
Socio-culturel
Technologie
Ligne du menu
Portail
T&ealé du menu

Nouvelle littéraire

2e partie de « La Graduation » : La Lettre

Emmanuelle M. Masson - 3e secondaire le 5-03-2015 à 16:35


Bonjour à tous ! Voici la suite et la fin du petit récit commencé lors de l’autre article. Voici la fameuse lettre écrite par notre héroïne, revue et adaptée pour le journal étudiant ! Bonne lecture à tous ! N’hésitez pas à venir répondre au sondage, je lis encore les réponses et m’en inspire pour des articles. Je rappelle que cette histoire n’est inspirée d’aucun fait réel ni de l’histoire personnelle de quiconque, que les seuls thèmes lors de l’écriture étaient l’amour et l’intimidation ; de ce fait, je m’excuse s’il y a toute similitude dérangeante avec l’un d’entre vous, ce n’était pas souhaité.

« Cher Joseph-Alexandre, C’est moi. L’« imbécile » aux cheveux bruns, au gros ventre, celle qui est laide. La claustrophobe nerd à peine bonne à faire des devoirs bons à copier. Celle qui a gardé tes secrets parce que ce sont les seuls qu’il lui reste, étant donné que les siens ont tous été dévoilés. Tu me reconnais ? J’espère bien. Tu mérites de te rappeler de moi, alors que toi, tu ne mériterais pas qu’on se souvienne de toi.

Tu sais quoi ? Toutes ces années, je ne pleurais pas parce que tes insultes me faisaient mal. Je ne pleurais même pas parce que tu m’as déjà frappé. Je pleurais à ta mort, à la mort de celui que j’avais connu. À ton suicide. Mais pire encore, je pleurais parce que je t’aimais. Pathétique, hein ? J’aurais peut-être dû être celle que tes amis souhaitaient que je sois : une lesbienne. Au moins, tu n’aurais pas eu le pouvoir de détruire mon cœur. Comment ai-je fait pour entretenir cet amour, ne me le demande pas. Je ne saurais pas plus répondre que si on me demandait pourquoi, subitement, tu t’es mis à me détester.

Tu étais si près de moi, et pourtant, chaque jour je savais que tu ne m’aimerais plus jamais. Chaque jour, je me regardais dans le miroir, une main sur le ventre, l’autre sur mon dos trop croche. Je me demandais où était partie ma beauté, et même si j’avais déjà été belle, et surtout pourquoi tu ne m’aimais pas. Pourquoi avais-je un couteau dans le cœur que je n’arrivais pas à enlever.

Pourquoi ne pas avoir réussi à reprendre mon cœur pour l’offrir à quelqu’un d’autre ? Si j’étais si faible et sans valeur à tes yeux, pourquoi t’es-tu acharné sur moi ? Pourquoi avoir conservé mon cœur ? M’avoir fait croire que j’étais encore quelqu’un à tes yeux ?

Tu étais inaccessible, jamais seul. Toujours avec ces gars auxquels tu te vantais de tes pseudoexploits ou alors avec une de ces filles qui sont prêtes à réaliser tes désirs. Tu les appelais « chérie » et moi, tu m’insultais de noms que je n’ose même pas réécrire ici sous une autre forme que « fille de joie ». Je ne t’en veux pas, tu confonds peut-être tes mots entre elles et moi. Va ouvrir un dictionnaire (tu sais, le livre juste un peu moins gros que ta tête) pour vérifier la définition : si tu ne comprends pas parce que tu ne sais pas lire, ce qui ne m’étonnerait pas, demande à quelqu’un de t’aider à placer les mots en ordre dans ta tête.

Il y a quelques semaines, je m’en serais voulu de te dire ça, car je t’attendais. J’espérais quelqu’un qui est tout ce que je n’aurai jamais, qui fait tout ce que je ne pourrai jamais faire. Qui a ce que je n’ai pas le droit d’avoir. Qui pense comme il le souhaite, sans devoir se demander s’il va encore se faire insulter le lendemain. Insulter par quelqu’un qu’il aimait.

Ne me cherche pas. Tu as réussi, j’abandonne, je pars. Je baisse les bras. Je déménage, dans mon propre appart. Ne crois pas pouvoir me traquer sur internet, j’y suis totalement anonyme et inexistante. Je n’ai jamais eu de compte Facebook, Twitter, Instagram ou autre. Mais ça, tu le sais déjà, non ? Tu as dû me chercher longtemps sur internet pour pouvoir m’insulter, même le soir. T’osais plus te pointer chez moi ? Tout seul, t’es pas capable de m’insulter peut-être ? Je n’ai jamais oublié que t’étais un trouillard. T’avais besoin d’internet pour m’insulter, alors je n’avais pas besoin d’internet et encore moins de Facebook.

Mais je n’ai jamais même eu envie de m’y inscrire. J’avais bien trop peur de t’y voir, de voir des photos de toi. De te voir faire des atrocités telles que mettre un chaton en feu ou pousser un enfant dans un puits. Tu vois, je voulais te sauver. Me préserver de voir que tu pouvais tomber si bas. De te voir avec des amis, avec des gens que tu respectes. Ces gens-là avaient ce que tu ne me donnais plus depuis la fin de notre primaire.

Je te déteste. Avant, je t’aimais. Puis, je te détestais amoureusement et finalement, je détestais t’aimer. Mais si je te déteste, alors pourquoi te donner cette lettre ? Pourquoi te la donner le soir du bal, hein ? Pourquoi ne pas assister au bal ? Tu vois, cette soirée représente pour tous une libération, moi y compris. Je libère mon cœur, je me soulage. Je veux peut-être t’oublier, te dire adieu. Confirmer que c’est bel et bien terminé.

Ou peut-être était-ce pour te faire souffrir un peu aussi. Qui peut savoir ? Pour te rappeler que tu as tout raté et que tu vas tout rater, parce que tu es toi-même un raté.

On se reverra peut-être quand je m’occuperai des œuvres de charité pour les pauvres et que tu viendras me quêter un peu de soupe, qui sait ? »

Espace privé Recalculer cette page *