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Psychologie

L’intimidation

Emmanuelle M. Masson - 4e secondaire le 7-10-2015 à 00:26


Touchons-nous vraiment au vrai problème de l’intimidation ?

Bonjour, chers lecteurs ! Cela fait un moment qu’un sujet me trotte dans la tête (il lui arrive aussi de galoper), et j’aimerais en parler avec vous. Je sais bien que j’ai déjà écrit un article à propos de l’intimidation, mais celui-ci est différent parce qu’il apporte ma propre nuance à ce problème, une nuance différente. Et si le problème résultait de l’éducation que l’on donne aux enfants ?



« L’intimidation, c’est mal ! Il faut l’arrêter. Les victimes en souffrent, ça baisse leur estime. Les intimidateurs n’ont pas d’estime d’eux-mêmes, voilà pourquoi ils rabaissent celle des autres. » Cela est un seul exemple des nombreux discours que nous avons tous entendus à maintes reprises. On dit que les problèmes d’intimidation tournent autour de l’estime de soi et pourtant, nous esquivons justement ce sujet pour plutôt parler d’histoires vécues et inciter à dénoncer les actes haineux. Pourtant, quand a-t-on réellement parlé de l’estime que les gens ont d’eux-mêmes ? Quand a-t-on vraiment parlé de ces intimidateurs qui en ont peu et de ces victimes qui perdent la leur ? Là se trouve, selon moi, l’un des gros problèmes : il semble que nous manquions de confiance en nous dans cette histoire-là. Dans de nombreux faits vécus, les intimidateurs choisissent les gens qui semblent timides, différents, ceux qui souhaitent se fondre dans la foule. A-t-on déjà entendu l’histoire d’une victime qui arrive à l’école la tête haute et avec un sourire confiant ? Une personne qui ne tremble ni ne donne l’impression de vouloir porter des vêtements de la même couleur que les murs pour s’y cacher ? Il y a certainement eu des tentatives contre ces gens-là, mais ceux qui croient en eux-mêmes sont capables de se rendre sourd aux insultes et sont même capables d’en parler, d’aller chercher de l’aide. Ils n’ont pas peur de leur problème, ils l’affrontent et ne se laissent pas toucher. Est-ce à dire que les victimes sont des lâches ? Non. Vais-je les « victimiser » encore plus en disant que le problème vient peut-être en partie de leur éducation ? Non. Est-ce que je souhaite plutôt faire connaître une réalité méconnue ? Oui.



Imaginez-vous un gamin. Il veut grimper à un arbre comme ses amis, mais sa mère lui dit : « Tu n’en es pas capable. Tu vas te blesser ! » Paf. Déjà, l’enfant se sent moins capable de grimper à cet arbre et il va sûrement se blesser en essayant de rejoindre ses amis. Il tombera au sol, constatera que son genou droit saigne et que ses pantalons sont écorchés. Déjà, les paroles dans sa tête résonnent : « Je n’ai pas été capable ». Alors que l’enfant commence à se calmer en se disant que finalement son genou n’est pas si douloureux et qu’il pourra maintenant éviter de tomber en essayant de grimper à nouveau, son père arrive en courant, affolé. « Tu as essayé de grimper dans l’arbre, tu n’en avais pas le droit ! Voilà, tu es tombé, j’espère que tu as appris ta leçon. Qu’est-ce qui t’a pris de vouloir jouer au singe ? J’espère pour toi que tu n’as pas "scrapé" ton pantalon. » Les parents, en voulant protéger leur enfant, lui ont enlevé sa confiance. Il aurait pu grimper à cet arbre, le gamin. Sa confiance était forte avant qu’on ne lui dise « Tu ne peux pas le faire, tu ne réussiras pas. Tu vas te blesser en essayant, c’est certain. » Plus tard, à l’école, ce même enfant aura peur d’essayer. Et si je me faisais encore mal en faisant le singe ?, se dit-il. Il ne faut pas se faire mal, sinon maman et papa lèveront encore les yeux au ciel en disant : « Quel petit singe maladroit. » Si on n’essaie rien dans la vie, jamais on ne connaîtra ses capacités. Si on ne connaît pas ses capacités, on ne peut pas les dépasser. Quelqu’un qui manque de confiance en soi ne veut pas essayer certaines activités par peur du ridicule, par peur d’être visé, par peur d’être hanté par une mésaventure.

Qu’arriverait-il si, plutôt que de dire à l’enfant « Tu ne peux pas grimper à cet arbre », on lui disait : « Tu peux essayer de grimper, je veillerai sur toi d’en bas. Sois prudent. » Qui prend réellement le temps d’apprendre à ses enfants à s’aimer, à se regarder dans le miroir en se disant : « Ça, c’est moi. Je suis qui je suis, et il n’y a qu’une personne qui peut me définir : moi-même. Je me respecte entièrement. » Bien sûr, vous pouvez me dire que c’est difficile de dire ça à des adolescents… mais dans l’enfance, qu’est-ce qui nous en empêche ? Qu’est-ce qui nous empêche de parler aux enfants, de leur dire « Je crois en toi et je te respecte. Crois en toi et respecte-toi. » Qu’est-ce qui nous empêche de leur permettre d’essayer des activités, de se connaître, de réfléchir, de grandir et de croire en eux ? Les parents devraient prendre le temps de s’asseoir avec leur enfant et discuter avec lui de l’estime, de la confiance, des autres. Pourquoi s’arrêter à « Ils t’insultent parce qu’ils ne se sentent pas bien eux-mêmes » ? Pourquoi ne pas passer à : « Aime-toi assez pour ne pas avoir honte de te montrer aux autres. Si les autres n’aiment pas ce que tu leur montres, respecte-toi assez pour ne pas laisser leurs insultes t’atteindre. Dénonce-les. Connais-toi assez pour savoir que ce qu’ils disent n’est qu’un tissu de mensonge. »



Si les intimidateurs manquent eux-aussi d’estime de soi, alors cette éducation dans la confiance leur serait bénéfique aussi. Grandir dans le respect de soi, se faire une barrière solide entre ce que l’on entend et ce que l’on croit. Surtout, il faut être capable de se dire « Je suis qui je suis et c’est bien ». Il ne faut plus entendre « Tu es qui tu es et c’est mal. » Toute notre vie, il y aura de la pression, de l’intimidation, qu’elle provienne d’une personne ou de la société. Pourtant, si l’on croit en nous-mêmes, cette pression est moins lourde. « Ces gens-là sont ce qu’ils sont, et ils ne me voient pas comme je me vois. S’ils veulent me juger, ils se tromperont, car ils ne peuvent pas juger ce qu’ils ne connaissent pas. Je me connais, je suis mon meilleur juge, voilà. » Le but n’est pas de créer une génération de narcissiques inattentifs aux conseils, mais simplement d’aider les personnes à se respecter et à s’écouter plus qu’ils n’écoutent les autres quand il s’agit d’eux-mêmes. Une société de gens qui se respectent et qui donc respectent les autres.

Voilà ma vision de cet aspect du problème qu’est l’intimidation. Pensez-vous aussi que le manque d’estime des intimidés est un problème ? N’hésitez pas à l’écrire via le fameux formulaire sur GoogleDrive

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