Éditoriaux
Sports
Environnement
Société
Socio-culturel
Technologie
Ligne du menu
Portail
T&ealé du menu

Attentats de Paris

Nous nous accoutumons et nous réagissons

Emmanuelle M. Masson - 4e secondaire le 4-12-2015 à 14:29


Nous avons tous quelqu’un là-bas : un proche, un cousin, un ami, une connaissance. Ce peut être notre tante qui s’est payé des vacances, le demi-frère qui vient visiter chaque année ou bien le copain rencontré en jouant à League of Legends. Les Français et nous, nous sommes proches : pour plusieurs, ils sont des ancêtres. Ils nous ont légué des mœurs et leur langue. Cet héritage, quoique transformé par le temps et par la situation des Canadiens français, nous avons lutté bec et ongles pour le préserver de l’assimilation anglaise. Après tout, nous les aimons bien, ces Français : nous suivons leur politique, leur monde, et grâce à internet, nous communiquons avec eux malgré les six heures de décalage. Avec internet, nous pouvons faire apparaître leur visage à l’écran et leur parler, nous pouvons inclure un ami européen à notre famille. Ils deviennent un peu plus québécois, et nous devenons un peu plus français. Nous avons entendu parler des attentats et nous avons tous eu un coup au cœur : a-t-on quelqu’un là-bas ? A-t-on un Français dans nos amis qui voit son pays être attaqué ainsi, qui a peur, qui se sent en danger ? Lors de ces attentats, nous avons perdu des gens, nous avons eu peur pour d’autres. Toute la fin de semaine, nous avons vu les profils Facebook, les villes, les prières et les pensées se teinter de bleu, de blanc et de rouge. Que c’est mignon, cet élan de solidarité, tout comme celui qui est né à la suite de la publication de la photo du petit Aylan ! Mais par l’expérience, nous savons bien que ces élans d’amour se fadent vite. Pourquoi, parmi toutes les horreurs du monde, certaines ressortent-elles plus que d’autres ? Pourquoi a-t-on l’impression de s’habituer au scandale ? Qu’on prenne tous un chacun une minute de silence pour prier une fois de plus pour les Parisiens, puis réfléchissons à des réponses possibles à ces questions.

Il y a eu la destruction de nombreux patrimoines culturels, des attaques, des fusillades. Mais tout ça, à nos yeux, c’était si loin. L’Égypte, le Pakistan, Sanaa, la Syrie, le Koweït, et la liste peut encore s’allonger. Tous ces endroits, nous les connaissons, nous nous en préoccupons, mais au fond, si je me permets de généraliser un peu, nous avons une culture différente. Des mentalités, des langues, des traditions, des croyances et des habitudes qui nous séparent, par exemple, des Africains et des Asiatiques. De tous « les autres », quoi ! Dans le fond, on se dit : « Ils sont loin. Leur vie est tellement différente de la nôtre. » Mais ces Français, bon Dieu, ils nous ressemblent ! La France, un lieu de voyage, Paris la Ville lumière, la ville de nos amours et de nos films, la France où les gens parlent français, la France qui nous ressemble tant, ces Français avec lesquels nous pouvons parler sans un traducteur. Ces Français avec lesquels nous rions de nos accents mutuels. Chers lecteurs, voilà l’une des réponses possibles à : « Pourquoi un certain drame et non un autre ? » C’est bien simple : ils nous ressemblent. Les gens dans les pays que nous savons être en guerre, en conflit ou dans la pauvreté, ils sont bien différents, ils vivent différemment, on pense presque qu’ils sont habitués à la misère comme si c’était la normalité pour certains. Mais les gens qui ont été attaqués, ceux de Charlie Hebdo et ceux des attentats du 13 novembre, c’était des Français qui étaient comme des Québécois, des civils, des proches, des gens qui ne pensaient jamais que l’horreur pouvait frapper n’importe quand.



On a connu le même émoi autour de la photo du petit Aylan. De nombreuses personnes se sont demandé : « Pourquoi Aylan et pas son frère, pourquoi Aylan et pas un autre enfant ? » Comme Agnès Gruda l’explique dans cet article de La Presse, nous avons réagi en partie parce qu’Aylan ressemblait à l’enfant de quelqu’un. Pas seulement un quelqu’un, non, ce quelqu’un, c’était nous. Aylan ressemblait à l’enfant que nos parents auraient eu, au petit frère que nous aurions pu connaître, au « petit nami » de la garderie. Aylan était l’enfant de tout le monde. D’autres points sont soulevés dans l’article, que je vous conseille de lire. C’est d’ailleurs l’une de mes sources.

Je vais vous laisse là-dessus pour cette semaine, chers lecteurs. Je vous invite à y aller de vos propres réflexions, de vous poser les mêmes questions et d’y trouver vos propres réponses. Avant de vous quitter, je vous invite à lire cet article de Stéphane Laporte à propos de notre accoutumance aux tristes événements du monde, mon autre source d’inspiration. N’oubliez pas que vous pouvez encore et toujours réagir à mes articles via le fameux GoogleDrive : savoir qu’il y a des lecteurs me fait plaisir, et voir vos commentaires me fait chaud au cœur. Je lis vos réactions et j’y réfléchis, n’en ayez aucun doute ! Sur ce, à bientôt pour de prochains articles (et, bientôt, pour le 100e !)

P.-S. Désolée, il semble qu’une partie de l’article « faites entendre votre voix » ait disparu entre le moment de sa correction et le moment de sa publication. C’est le premier point qui manque, et celui-ci, en bref, disait qu’il faut s’efforcer de parler fort plutôt que de parler tout bas par gêne.

Espace privé Recalculer cette page *