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On devrait, genre, s’exprimer !

Emmanuelle M. Masson - 4e secondaire le 24-01-2016 à 20:36


Bonjour, chers lecteurs ! Vous avez peut-être entendu parler récemment de la petite « controverse » qui a eu lieu à propos de Jaden Smith, le fils de Will Smith. Il a agi comme mannequin pour la campagne de Louis Vuitton… affublé de vêtements féminins ! Cela nous donne à réfléchir à propos des limites qui peuvent exister entre les genres. Je vous présente aujourd’hui un article sous la forme d’une discussion avec Léo Paquette Greenbaum, qui a déjà abordé ce genre de sujet dans un article précédent et qui a également déjà eu l’expérience des limites qu’on tente d’imposer aux genres. Voici donc la question de départ : pourquoi une fille plus « masculine » est ok et cool alors qu’un garçon moins « garçon »est insulté ?

LPG : De ma propre expérience, je peux confirmer que l’expression du genre pour les personnes de sexe masculin est assez restreinte.

EM : Pourtant, Léo, les mentalités concernant les filles sont bien différentes ! Il y a un demi-siècle, il était impensable pour une femme de porter des pantalons et de pratiquer des sports et des activités dites « d’hommes ». De nos jours pourtant, les femmes qui se distinguent sont celles qui franchissent les limites, et il est tout à fait normal de voir une fille dans une équipe de soccer, par exemple. Pourquoi alors a-t-on tendance à se moquer plus facilement d’un gars qui rejoint une activité de danse ou de peinture ? Pourquoi la barrière par rapport aux loisirs est-elle dressée dans un sens et non dans l’autre ? C’est à cause de cette mentalité que les jeunes garçons ne se sentent pas en sécurité : ils désirent essayer des activités, mais de peur d’être jugés sur un certain manque de virilité, ils sont confrontés à deux choix : celui de persévérer et d’essayer, ce qui prend beaucoup de confiance en soi, ou alors se tourner vers d’autres activités plus stéréotypées et se fondre dans la masse.

LPG : Souvent, j’étais un des seuls garçons dans mes activités de loisir tels que mes cours de peinture, de danse contemporaine, les activités pastorales, etc. Beaucoup de garçons ont très peur de corrompre leur image masculine, donc ils essaient de rester dans cette boîte à tout prix, et jugent ceux qui ne le font pas. Dans notre société, les caractéristiques masculines sont plus valorisées que les caractéristiques féminines parce que pendant longtemps (et encore aujourd’hui), les hommes occupaient le pouvoir. Un comportement masculin est donc plus valorisé, car celui-ci est associé au pouvoir. De là vient l’expression de porter les pantalons (ou les culottes)… D’un autre côté, pour une personne de sexe masculin, adopter un comportement davantage associé à la féminité serait considéré comme un acte négatif voir dégradant.

EM : Puisque de nos jours les femmes aussi bien que les hommes peuvent participer à l’exercice du pouvoir et être égaux dans la société, opérer un changement de mentalité serait-il possible ? Tout comme les féministes qui ont fait passer les femmes de bonniches au foyer à êtres humains à part entière, pourrait-on maintenant se consacrer à améliorer l’image des garçons, en les faisant passer eux aussi d’êtres virils sans sensibilité à –tout simplement– êtres humains à part entière ?

LPG : Présentement, nous sommes en train d’assister à une sorte de révolution face au genre. De plus en plus, ce virage dont tu parles est en train de se réaliser (oui je parle aussi du mouvement de visibilité transgenre). Nous sommes en train de réaliser que considérer le genre comme concept rigide, c’est dépassé. Il reste beaucoup de travail à faire, mais nous sommes sur la bonne voie.

EM : Espérons que notre génération et celles qui suivront achèveront le travail avec la vitesse que l’on reconnaît aux nouvelles générations. Cette pression de la virilité à tout prix n’entraîne pas que des problèmes de confiance ou d’estime, cela présente aussi certains problèmes masculins comme ridicules. Par exemple, nombre de petits airs sceptiques naîtront sur les visages en parlant des hommes battus, qui sont peu nombreux, mais bien présents. Les femmes peuvent elles aussi être manipulatrices et violentes, et s’il est déjà difficile pour une femme battue de dénoncer son conjoint, imaginez la difficulté que cela représente pour un homme sensé être absolument viril et dominant.

LPG : En parlant de changements et de générations, moi j’ai fait partie de cette génération où les mots « fifs » et « tapette » ont été utilisés comme des insultes. Au cours des cinq dernières années pourtant, j’ai observé un changement, surtout dans notre propre groupe d’âge qui se montre de plus en plus ouvert. Reste que l’homophobie et la discrimination liée à l’expression du genre restent des concepts très liés. J’ai souvent dû encaisser des commentaires homophobes parce que je ne suis pas le gars typique.

EM : II ne reste qu’à continuer dans cette voie et répandre cette ouverture d’esprit, cette mentalité de s’accepter les uns et les autres comme nous sommes, et d’accepter que cette époque où les genres déterminaient toute la vie est révolue ! Après tout, il est sûrement mieux de s’identifier à soi-même plutôt qu’à un seul genre dont les limites sont souvent trop strictes.

LPG : Être bien dans sa peau, c’est primordial. J’ai donc beaucoup de difficulté à comprendre ceux qui prétendent que de dévier des stéréotypes de genres constitue un choix.

EM : Le choix réside essentiellement dans la décision de s’assumer ou non, mais on ne peut pas choisir notre personnalité. Malheureusement, certains ont quant à eux de la difficulté à comprendre comment on peut assumer quelque chose qu’eux-mêmes ne ressentent pas. Voilà pourquoi il est important d’essayer de se comprendre les uns les autres plutôt que d’essayer d’être pareils. Ce qui est normal en fait, ce sont les nombreuses différences. C’est ça qui est beau, au fond. Il y a tant de beauté quand on accepte et qu’on est ouvert à toutes les différentes personnalités qu’on peut rencontrer dans une vie.

LPG : C’est vrai qu’il est difficile de comprendre des réalités qu’on n’a pas vécues. Cela va sans dire qu’un certain apprentissage ou une meilleure exposition favorise un meilleur vivre ensemble. Cet aspect du vivre ensemble est trop souvent mal enseigné ou tout à fait ignoré dans des milieux comme les écoles secondaires là où les stéréotypes de genre sont les plus ancrés. À ton avis, quelles seraient les meilleures pistes à prendre pour favoriser une meilleure compréhension des identités et l’expression des genres au secondaire ?

EM : Déjà, il est préférable de commencer cet enseignement dès le primaire, car c’est aussi dans l’enfance qu’on tirera des leçons de vie. C’est en effet dans l’enfance qu’on réalise généralement que toutes les mentalités ne sont pas comme la nôtre ou celle de notre famille. Mais en restant dans le contexte du secondaire, c’est sûrement plus compliqué puisqu’en tant qu’adolescents, nos principes et nos valeurs sont déjà ancrés. Au secondaire, une option serait de valoriser différents domaines et de les faire connaître. De valoriser de plus en plus ceux qui se démarquent en étant eux-mêmes tout comme on valorise les bonnes notes et les meilleurs athlètes. Faire connaître également de nombreux domaines qu’on pense stéréotypés (comme la robotique, la danse et autres) et faire découvrir des modèles autant masculins que féminins afin que ceux qui ont des personnalités plus timides voient qu’ils sont ne sont pas seuls. En effet, la solitude peut jouer un rôle déterminant dans le choix de s’assumer ou non : quand on cherche à s’intégrer avant tout, on ne prend pas de risque, et ce, parfois au détriment de notre personnalité. Et toi, qu’en penses-tu ?

LPG : Je pense que d’importants progrès peuvent être accomplis avec de petits gestes ici et là. Il n’y a pas de gros plan miracle, mais tout comme on a pu valoriser un meilleur vivre ensemble entre les personnes de différentes cultures grâce à la sensibilisation et l’effort collectif, il serait temps de promouvoir une meilleure intégration de toutes les expressions de genres dans la communauté, because it’s 2016 !

Pour conclure cet échange, je vous invite comme d’habitude à exprimer vos avis sur le fameux GoogleDrive, que ce soit à propos de cet article ou d’un autre, n’hésitez surtout pas ! Sur ce, à bientôt !

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