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Un coup de pouce qui nuit !

Emmanuelle M. Masson - 4e secondaire le 25-05-2016 à 14:18


Chers lecteurs, si vous aviez le choix, tueriez-vous de sang-froid tout être vivant qui vous embêterait ? Arrêtez votre lecture ici, répondez. Maintenant, que feriez-vous si vous voyiez une araignée ou une fourmi près de vous en levant les yeux de cet article ? Seriez-vous capable de l’écraser sans remord ni gêne, ni réflexion, simplement parce qu’elle traîne trop près de votre main ? Si votre première réponse fut « non » et la deuxième, « oui », je vous propose de reconsidérer votre logique et de continuer votre lecture.

Les insectes. Un million d’espèces dans le monde, et des milliards de milliards d’individus. Certains estiment qu’il y aurait tant de fourmis (environ 10 millions de milliards) que toutes ensembles, celles-ci pourraient avoir la même masse que tous les humains mis ensemble. Et encore, il nous reste encore certainement des milliers, si ce n’est pas des millions, d’espèces d’insectes à découvrir. Chaque espèce compte ses propres particularités. Par exemple, une coquerelle peut survivre neuf jours sans sa tête, les criquets entendent avec leurs genoux, la sauterelle peut manger l’équivalent de son propre poids en une journée, certains insectes ne sauraient retrouver leur ruche déplacée de deux mètres parce qu’ils ont une mémoire des chemins parcourus et non des lieux et enfin chez les bourdons (et sûrement chez d’autres spécimens), la mémoire des faits n’existe pas. Il est aussi bien connu que les insectes ont de très nombreuses utilités et que le monde serait complètement différent s’ils n’étaient pas là : ce sont des producteurs ou des sources de nourriture, leur soie nous permet de confectionner des tissus ou de colorer des vêtements, leurs rondes permettent de répandre le pollen des plantes alors que certaines autres plantes nuisibles sont éliminées. On a même remarqué, durant la première guerre mondiale, que certains vers nettoient des plaies et permettent aux humains de mieux guérir. Nous sommes dépendants d’eux, tout comme l’écosystème de la Terre… à croire que la race humaine ne sait presque faire que cela : détruire ce dont de quoi elle dépend !



Les petites bibittes ne mangent pas les grosses, nous le savons. Mais alors, d’où vient l’entomophobie, le dégoût des insectes et le manque d’empathie envers eux ? Il faut d’abord dire que ces vivants sont capable d’envahir ce qu’un humain considère comme sa sphère vitale personnelle en plongeant dans la confiture ou en tournant dans une chambre durant la nuit. Il y a la peur (souvent exagérée) des piqures, la peur d’être attaqué par surprise et vicieusement par une araignée ou une abeille par exemple, la peur que soudainement la petite bestiole en sol ne fasse un grand bond et se faufile rapidement sur nos bras, dans le chandail, sur la tête… dans le fond, la peur de perdre le contrôle. Sans oublier toutes les images négatives auxquelles les insectes sont reliées : des expressions telles que « avoir le cafard », les contes populaires dépeignant des maisons hantées remplies d’araignées et les problèmes d’hygiène et de maladies liées aux insectes (bien que ce soit réel dans le cas de certains, cette crainte est irrationnelle et inconsciente dans de nombreux autres cas.) C’est aussi au niveau de l’éducation : quel enfant avait, au début, peur d’aller jouer avec des vers de terre, des fourmis, de grimper dans des arbres ou de se jeter à terre ? Cependant, l’image négative de la société a bien vite rattrapé les jeunes : à l’école, on dit aux enfants de cesser de jouer dans la terre, dans les projets d’Halloween on leur conseille de créer des listes d’ingrédients de soupes « dégueulasses » où yeux de bœufs et cheveux de sorcière côtoie ailes de papillon. C’est aussi là que ça se joue, et c’est cette éducation que nous devons changer, parce qu’il est primordial d’assurer la survie de maintes espèces d’insectes comme les abeilles. C’est aussi parce qu’il est grand temps d’apprendre aux jeunes à respecter la vie quelle qu’en soit sa forme, surtout considérant les problèmes actuels entre les nations et le racisme.

Comment respecter la vie quand, dès le départ, on adhère au principe : « ne fait pas de mal à un être vivant » et que la journée même, on écrase une araignée et on la jette aux toilettes ? Les enfants découvrent le monde qui les entoure. Ils doivent ne pas se faire du mal mais ils doivent également ne pas en engendrer. Puisqu’on leur dit de ne pas tirer les poils du chien, de faire attention en prenant le chat, pourquoi ne pas aussi leur intimer de ne pas aller détruire des fourmilières, arracher des pattes et des ailes ? Nous devons cesser de faire exception en se disant que les insectes sont si petits que leur vie l’est autant. Il faut cesser de s’émerveiller devant des papillons et de les laisser vivre pour leur beauté, mais ensuite d’aller en camping et de répandre des produits chimiques pour tuer tout ce qui approchera de la tente. Ce monde n’appartient pas à nous plus qu’aux insectes, bien que l’humain se croit dominant, il doit partager, pas seulement par souci moral mais aussi pour sa propre survie.



J’aimerais vous raconter quelques petites anecdotes. Un matin, je suis arrivée à l’école et une araignée se trouvait sur mon casier : les bras chargés, je n’ai pas réussi à la saisir pour l’amener à l’extérieur. Des filles près de moi ont remarqué la bestiole, qui était entre temps tombée au sol, et se sont précipités pour me crier de l’écraser avec ma chaussure, ce à quoi j’ai répondu « non ». Alors elles l’ont fait elle-même. Quelle surprise quand l’une d’elles m’a ensuite posé une question comme si de rien était ! Qu’est-ce que l’araignée avait fait, outre simplement entrer dans l’école pour se protéger du froid de l’automne ? À d’autres moments, j’ai pu ramener d’autres araignées dehors, en prenant du papier, ou un étui à crayon transparent. Et en essayant, j’en ai déjà perdu dans ma chambre… et aujourd’hui, hey bien je suis vraisemblablement encore en vie et en un seul morceau. Quelle horrible cohabitation, par exemple : je ne suis pas devenue spiderman grâce à elle, en fait, l’araignée n’a absolument rien fait ! Tout ça, chers lecteurs, pour vous dire qu’au final, qu’est-ce que ça prend pour ramener un insecte dehors ? Ça ne prend même pas trois minutes. Ça sauve une vie. Ça vous prend un papier, une boîte ou une main, mais surtout, ça vous prend un peu de cœur. Comment espérer sauver la planète d’êtres aussi dangereux que nous, si plutôt que d’aider une bête inoffensive et utile, nous l’écrasons du bout du pouce parce qu’« elle est dégueulasse » ?



Sur ce, chers lecteurs, je vous laisse quelques références, sur le fameux GoogleDrive et sur la recommandation littéraire de la semaine. Je tiens à remercier ceux, peu nombreux mais appréciés, qui prennent la peine d’envoyer un petit commentaire via ce formulaire, c’est sincèrement très encourageant – et une réjouissance lorsque le record de « trois mois consécutifs sans commentaire » est brisé !

Recommandation de la semaine : Mille soleils splendides, par Khaled Hosseini. Un livre très émouvant.

Sources : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, image intéressante pour ceux comprenant l’anglais, image logo

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