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Société

Le féminisme, encore une nécessité !

Emmanuelle M. Masson - 4e secondaire le 12-06-2016 à 15:45


Il y a quelques décennies, les femmes se sont mises à porter le pantalon, le chapeau. Pour protester contre les inégalités sociales, elles se sont comme dirait-on « habillées ». À force de protestations et d’arguments, c’est devenu notre choix : celui de s’habiller comme nous le voulions, comme cela nous chantait, pour se rendre dans nos nouveaux emplois et pour prendre en main les tout nouveaux horizons qui s’ouvraient à nous. Puis, peu à peu, les femmes se sont déshabillées : dans les publicités où trop souvent seulement 5 % de la peau est couverte, où une femme est dominée par un homme, où elle vante les joies de porter un bikini ultra-révélateur ou bien de jouer au tennis avec des jupes si courtes que certaines culottes sont plus longues. Sexualisation, hypersexualisation… maintenant, la norme, c’est une fille déshabillée. On aura beau se moquer des féministes dites enragées, il serait peut-être temps de se remettre à porter nos culottes !



De nos jours, le féminisme est perçu d’un mauvais œil par de nombreuses personnes : « Qu’est-ce que tu veux de plus, les femmes n’ont-elles pas assez de droits ? » « Cesse d’exagérer, les femmes ne sont pas des martyres, c’est une attitude sexiste contre les hommes ! » « Les féministes se répètent. De nos jours, ce sont des femmes qui ont un problème avec les hommes – et les hommes féministes ne sont pas virils. » « Si les féministes servaient encore à quelque chose, elles ne chipoteraient pas sur des détails comme « mademoiselle » sur les formulaires ou bien de simples publicités. » « Les femmes se cachent derrière le féminisme pour ne pas avouer qu’elles ont en fait envie d’être violées, et aussi pour s’habiller de manière ostentatoire. » « Je suis antiféministe parce que je prends les responsabilités de mes erreurs et je ne blâme pas une société soi-disant patriarcale. Je ne suis pas une victime ni une enragée, moi ! Est-ce que j’ai l’air oppressée en tant que femme ? » « Je respecte tous les genres, pas juste les femmes, et puis faire des sandwichs à mon mari ne fait pas de moi moins que ce que je suis ! Je veux l’égalité, pas un traitement spécial, et justement les hommes autour de moi se préoccupent de moi, ce ne sont pas des porcs démoniaques. » Cette semaine, et pour toutes nos vies, chers lecteurs, nous avons besoin du féminisme parce que…

1) Parce que les féministes ne sont pas que des femmes lesbiennes aux cheveux rouges qui sont offusquées par tout ce qu’elles voient : c’est moi, c’est censé être vous, ce doit être tout le monde et non un cliché forgé de préjugés. C’est un mouvement de pensée qui n’a pour but que de permettre aux femmes d’être égales aux hommes économiquement, culturellement, politiquement, juridiquement, socialement et j’en passe : c’est-à-dire que tu peux bien faire des sandwichs à ton homme si tu veux le faire, pas si ton homme veut que tu le fasses. Ça veut dire que tu peux aller voter, que tu peux aller travailler, que tu peux simplement marcher librement dans la rue et agir selon tes propres désirs parce que tu vaux plus qu’un chien ou qu’un meuble appartenant à ton père puis à ton mari. Ça veut simplement dire que tu es humaine. Si tu as des enfants parce que tu le décides, tu auras autant d’autorité que le père sur eux.

2) Parce qu’encore aujourd’hui, sur le marché du travail, les vieilles habitudes ont la vie dure : même si l’égalité juridique est atteinte, il en va autrement pour l’égalité réelle. De nos jours encore, en France, une femme reçoit en moyenne un salaire 25 % moindre qu’un homme effectuant le même travail. Elles sont aussi très peu représentées dans les hauts postes de l’économie, par exemple les conseils d’administration. Lorsqu’elle y est enfin arrivée, Megan Messina, raconte que se tailler une place est facile lorsqu’une équipe s’autoproclame masculine à 100 % et ne désire libérer qu’une chaise qui chambranle pour accueillir la nouvelle.

3) Parce que les droits qui ont été acquis sont aujourd’hui contestés : le droit à l’avortement, par exemple, qui suscite encore aujourd’hui de larges débats pour « dénoncer des meurtres sur des victimes innocentes. » C’est à croire qu’une femme devrait faire de son corps une propriété publique !

4) Parce que de nombreuses agressions ne sont pas dénoncées, que le harcèlement sexuel cause plus d’anxiété aux victimes qui ont peur de dénoncer qu’aux prédateurs qui imposent un silence dévastateur (une femme sur cinq en est victime dans sa vie professionnelle). Que la violence conjugale continue parce que certaines personnes sont encore convaincues que les femmes doivent être soumises, faibles et ont été créées pour être l’ombre de ceux se proclamant « supérieurs ». Parce que le corps de la femme est analysé, décortiqué, utilisé et déshumanisé dans des publicités, dans des propos, dans les pensées populaires et que plus personne ne s’étonne si une femme dit qu’on lui a tapé les fesses dans la rue, mais qu’on s’étonne si cela arrive à un homme, et que c’est la même chose concernant les viols – comme s’il avait été possible pour nous de s’habituer à cette horreur…

5) Parce qu’elles sont oubliées et négligées dans de nombreuses régions du monde où l’on s’oppose à leur éducation, à leur libre arbitre, à leur liberté et à leur sécurité – nous n’avons qu’à penser à la lutte de Malala, à Boko Haram, à la traite des blanches et même, plus près de nous, à toutes ces femmes autochtones disparues ou assassinées qui ont été si longtemps ignorées.

6) Parce qu’on dit encore aux femmes que si elles se font agresser, c’est de leur faute parce qu’elles ont provoqué la colère ; que si elles doivent repousser continuellement des avances et vont même jusqu’à se faire violer, c’est de leur faute car elles ont été irresponsables et aguicheuses ; que si elles ont peur de se promener seule en ville le soir, c’est justifié car elles ne sont pas en sécurité.

7) Parce que trop souvent encore le corps des femmes est objet de jugement sexiste dans la culture populaire au moyen de publicités retouchées, de mannequins anorexiques et de commentaires stéréotypés. Trop de jeunes filles pensent qu’elles ne sont pas belles si elles n’ont pas de grosses lèvres, de poitrine rebondie, de fesses comme des balles, de regard intense, de dents blanches comme de la peinture et surtout, un ventre plat sur des hanches plus fines qu’un bébé.



Chers lecteurs, je sais que certains points touchent aussi les hommes et qu’évidemment, eux aussi vivent des inégalités sociales, et je ne veux en aucun cas diminuer cela. Seulement, aujourd’hui, je voulais réagir à toutes ces filles qui se proclament fièrement contre le féminisme alors que force est de constater que les femmes sont encore victimes, non plus des lois provinciales et fédérales comme autrefois, mais plutôt des vieilles lois des hommes d’une autre époque, des religions et même de la société – et c’est cela que je voulais rappeler. C’est sûr que c’est tentant de dire que tu es antiféministe, que c’est bien de pouvoir dire que la lutte est finie et que l’égalité est atteinte, mais ce n’est pas vrai. C’est techniquement grâce au féminisme que tu as le droit d’avoir ton compte sur les réseaux sociaux – autrement, tu ne pourrais certainement pas être dans le groupe Facebook « Mes règles me font souffrir ». Il n’y en aurait pas… ni de club, ni de règles – vous souvenez-vous des familles de quatorze enfants ? Ce serait sincèrement génial de pouvoir dire que nous n’avons plus besoin de promouvoir le féminisme parce que l’objectif a été atteint, mais nous en sommes encore loin. C’est à la fois à la porte d’à côté et en même temps à l’autre bout du monde. Parce qu’on a effectivement un monde à couvrir, pas seulement un milieu, pas seulement une vie – le féminisme, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous, femmes et hommes. C’est une manière de penser et de vivre au même titre que des valeurs et des principes moraux, et que ce n’est pas seulement une série de lois. Sur ce, laissez-moi vos idées sur le fameux GoogleDrive !

Recommandation littéraire : « La ballade de Lila K », par Blandine Le Callet.

Sources : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, image (issue du blog de Jean-François Lisée)

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