Éditoriaux
Sports
Environnement
Société
Socio-culturel
Technologie
Ligne du menu
Portail
T&ealé du menu

Un gorille et des hommes

Emmanuelle Marullo Masson - 4e secondaire le 16-06-2016 à 22:15


Récemment, je vous ai livré un article à propos du respect de la vie sous toutes ses formes. Peu avant, l’histoire de cet homme voulant se suicider, mais qui a plutôt causé la mort de deux lions. Puis, le 29 mai, une histoire nous est parvenue du zoo de Cincinnati : pour certains, le cœur s’est gonflé, alors que pour d’autres, c’est la moutarde qui est montée au nez. « Fallait-il vraiment tuer le gorille ? » ont demandé les gens parfois du bout des lèvres, comme une question, et parfois au bout d’un porte-voix, comme une protestation. Ils se sont improvisés gardiens de sécurité, experts en comportement animal, spécialistes en sécurité auprès des enfants, blogueurs à propos du poids d’une vie d’un humain face à celle d’un animal dit « inférieur » sur la balance. Des pierres ont été lancées un peu partout, mais encore maintenant, après la retombée de ces cailloux et quelques bosses sur le front, la question subsiste : fallait-il réellement tuer Harambe ? Il est à noter que même si l’humain est un animal, j’utiliserai les deux termes pour simplifier un peu le texte.

Après la publication des vidéos prises sur le moment même, de nombreuses personnes ont affirmé que le gorille ne cherchait pas à blesser l’enfant, mais plutôt à le protéger. Plusieurs ont ramené à la mémoire une histoire telle que celle s’étant produite en 1986, lorsqu’un gorille nommé Jambo a sauvé un garçonnet de cinq ans tombé dans son enclos. Après tout, cet événement où l’enfant a été protégé et où l’imposant mâle a même tenté de le réveiller n’a-t-il pas montré que les gorilles peuvent se préoccuper de la vie humaine ? Pourtant, les deux contextes étaient bien différents et surtout, les deux gorilles aussi. En effet, nous ne pouvons pas généraliser le comportement d’un être et l’appliquer à tous ses semblables autour du monde ! Selon un expert interrogé par le Huffington Post, l’animal avait un comportement agressif et dominateur envers le gamin. C’est aussi l’opinion de Greg Tarry, membre de la direction associé à l’AZAC. Après tout, l’enfant qui se retrouve dans l’enclos est un événement anormal et plusieurs facteurs contribuaient à énerver l’animal : le gamin qui n’était pas assommé et qui bougeait en faisant du bruit, et la foule menaçante qui hurlait et lançait des objets. C’est d’ailleurs à cause de la foule que de nombreuses personnes croient qu’il fallait abattre l’animal, pourtant décrit sur TVA Nouvelles par un vétérinaire comme étant un animal timide et pacifique malgré sa stature imposante.

Quoi… mais… que viens-je d’écrire ? Il faudrait choisir, se décider : l’animal était-il agressif ou non ? Voilà le problème, chers lecteurs : personne ne s’accorde ! Une source dit quelque chose avec le directeur du zoo, l’autre répliquera l’inverse avec l’aide d’un expert. Certains diront : « regardez, Harambe lui tenait la main et agissait envers lui comme il agirait avec des bébés de son espèce ! » D’autres prétendront l’inverse, que « la bête était trop imprévisible et désorientée, les tranquillisants auraient empiré la situation et une autre solution aurait été difficile à mettre en place. » Parce qu’il est important de préciser que même si l’animal voulait protéger l’enfant, nous ne parlons pas ici d’une bête qui a l’instinct et la capacité de prendre soin d’un enfant. Un garçonnet a été traîné par la cheville d’un bout à l’autre d’un enclos par un animal de plus de 400 livres et a ensuite été coincé entre le gorille et le coin de cet enclos, au risque d’être écrasé. Il ne suffisait pas de négocier la vie d’un enfant avec de la nourriture, comme certains l’auraient voulu. Plusieurs personnes d’ailleurs, après s’être improvisées expertes en comportement animal, ont décidé de parler du comportement des parents.

Que voulez-vous, nous sommes en 2016 et c’est un must de trouver quelqu’un à blâmer ! Tout doit être à la fine pointe de la technologie : étudier comme des machines, se programmer une mentalité, ne pas faire exploser le disjoncteur de l’esprit, et évidemment, le top du top, c’est de devenir parent : avoir un bébé, ça vient avec la perfection. Des yeux tout le tour de la tête. Un jugement infaillible. Un sans-faute. Nous sommes tous tellement informés de ce que c’est que d’avoir sous sa responsabilité un petit énervé énervant que même sans en avoir, même sans connaître à fond une situation, nous pouvons la juger. N’est-ce pas merveilleux ? Plus sérieusement, pourquoi lancer toutes ces pierres sur les parents en les blâmant, souhaitons-nous vraiment envoyer toute la famille à l’hôpital en les blessant ainsi ? Nombreux sont ceux qui disent : « Moi, je n’ai jamais perdu mes enfants nulle part. » Certes… mais chaque situation est unique. Tout peut se passer en une fraction de seconde, par surprise. Un instant, un parent et son enfant sont main dans la main et la seconde d’après, le petit se retire brusquement, se fraye un passage dans la foule grâce à sa taille, puis se retrouve dans des situations plus ou moins graves selon l’endroit. Allons-nous pour autant attacher tous les enfants au bout de laisses ? Pouvons-nous réellement blâmer tous les parents pour cette seconde où ils perdent le contrôle ? Car oui, il ne suffit que d’une seconde, une seule, pour qu’un accident arrive : une tasse qui se renverse sur un travail, un chat qui se faufile par la porte entrouverte, un message envoyé au mauvais destinataire, et un enfant qui s’éloigne en courant dans une foule. On se dit, parce que c’est rassurant, qu’un tel accident ne nous arriverait pas, mais il faut pourtant faire face à l’évidence : ce n’est pas toujours une question d’être un bon parent ou non, d’être concentré ou non. Ne soyons pas trop rapides à juger, alors, chers lecteurs…

Le risque zéro n’existe pas, surtout lorsque l’humain cherche à cadrer la nature pour l’observer. La société veut des animaux « sauvages, mais pas trop ». Nous enfermons les animaux dans des cages, les entourons d’humains qui prennent des photos et qui hurlent, les nourrissons de proies mortes, mais encore chaudes, essayons de faire concilier leur vie avec la nôtre… ou plutôt de les rendre les plus intéressants possible et même d’offrir un bon spectacle dans certains cas. Même si c’est quelquefois au détriment du respect de la vie. Si nous voulons le bien des animaux, ne faudrait-il pas que nous nous coupions d’eux ? Que nous leur laissions réellement de l’espace, de la vie sauvage, des réserves par exemple ? Ne faudrait-il pas freiner notre curiosité plutôt que leurs libertés ? Je vous laisse sur cela, chers lecteurs, et je vous propose de tout de même prendre un temps de réflexion au nom de tous ces animaux victimes soit d’accidents, ou bien de mauvais traitements, tout autour de nous, incluant même leurs habitats naturels que nous pensons être les nôtres. Bien à vous sur le fameux GoogleDrive, comme toujours.

Recommandation de la semaine : La fille laide, d’Yves Thériault, côté livre. Côté musique, Plume Latraverse.

Sources :1,, 2,3,4 ,5, 6, image

Espace privé Recalculer cette page *