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Adoption

Aurais-tu voulu connaître tes vrais parents ?

Félycia Thibaudeau - 5e secondaire le 26-11-2012 à 00:44


J’ai été adoptée à l’âge de onze mois le 21 janvier 1997 par Chantal Payant et Louis Thibaudeau. Deux semaines plus tard, j’étais à l’aéroport de Dorval dans les bras de ma famille qui attendait depuis un an la venue de leur petite fille de Chine.

Le processus d’adoption est extrêmement long et ardu. Mes parents ont dû accomplir moult démarches avant qu’on approuve leur demande. Il fallait d’abord s’informer sur les organismes qui s’occupent des procédures d’adoption (dans leur cas, ils ont choisi « Enfants du Monde »). Ensuite, en étant bien au fait des critères d’admissibilité, ils ont pu déposer leur demande. Attente. Une fois la demande acceptée, mes parents, mon frère et ma sœur ont dû réussir des tests psychologiques pour déterminer s’ils étaient totalement aptes à accueillir un enfant dans leur foyer. Attente. Est venu le temps de traduire la demande en mandarin : il a fallu compter à peu près deux semaines seulement pour cela. Et enfin, ils ont commencé à préparer LE voyage… Au lieu de durer deux mois comme prévu, l’attente avant le départ a duré près de six mois ! Mes parents devaient m’adopter lorsque j’aurais entre sept et neuf mois, mais un délai inattendu a repoussé leur date de départ.

Ce retard a notamment été causé par le reportage saisissant « The Dying Room », réalisé pendant deux ans par Brian Woods et Kate Blewett. Les conditions de vie et de soin des enfants en orphelinat que le film a crûment projetées ont choqué la planète, donnant une image on ne peut plus négative de la Chine, endroit où on considérait jusqu’alors les orphelins en bonne santé physique et mentale. Devant ces révélations embarrassantes, la Chine n’a eu d’autre choix que de retarder temporairement les adoptions.

J’ai commencé à regarder la vidéo, mais je n’ai pu continuer… Cœurs sensibles, ne visionnez pas le film. Ce qu’on inflige aux orphelins est inhumain. On voit des bébés attachés par des cordes à des pots d’aisance, ne pouvant pas du tout bouger, remuant et pleurant. On voit d’autres enfants enrobés dans plusieurs couches de linge humides qui ne sont pas changées depuis plusieurs jours. Ils souffrent de malnutrition et de problèmes de croissance… Vous commencez à vous douter d’où provient le titre : on enferme les enfants malades et handicapés dans des mouroirs et on les laisse crever de faim. Point final.

Plusieurs raisons expliquent l’abandon illégal d’enfants. Il y a d’abord le fait que la République populaire de Chine avait instauré en 1979 une politique de l’enfant unique pour améliorer le niveau de vie de sa population alors que survenait une croissance démographique marquée. On assistait alors à des infanticides de fillettes, à des avortements tardifs ou accomplis dans des conditions insalubres. Une femme raconte dans le documentaire « The Dying Room » qu’une de ses connaissances était enceinte de neuf mois et que les autorités l’ont obligée à avorter : elle en est morte. En effet, particulièrement dans les milieux ruraux, on valorisait la naissance de garçons puisque ceux-ci garantissaient un avenir à leur famille. Les parents chinois qui contrevenaient à la loi étaient passibles de sanctions juridiques allant même jusqu’à l’emprisonnement. Ce ne sont que quelques illustrations de l’ampleur de la répression en Chine.

Heureusement, l’adoption existe. On compte aujourd’hui douze organismes agréés par le gouvernement québécois qui œuvrent auprès de parents qui veulent des enfants et pour des enfants qui ont besoin de parents. À titre d’exemple, depuis 1989, l’agence « Enfants du monde » a permis à environ 3500 enfants chinois de se trouver une famille.

Cependant, le processus d’adoption en Chine s’est allongé : il n’y a pas si longtemps, il fallait attendre de un à deux ans, mais maintenant, les délais sont passés à cinq ans ! Dans un reportage de Radio-Canada en mars dernier, on révélait que 20 % des adoptants décidaient d’abandonner leur projet après ces cinq longues années d’attente. De plus, on privilégie dorénavant l’adoption nationale, sans compter que les politiques restrictives se sont assouplies.

Il est aussi à noter que les critères d’admissibilité ont été resserrés. En voici quelques exemples :

• Vous devez être un couple marié depuis au moins deux ans. Si l’un des deux conjoints est divorcé (pas plus de deux divorces), la durée du mariage actuel doit être d’au moins cinq ans. Les célibataires et les conjoints de fait ne sont pas acceptés.
• Les deux conjoints doivent être âgés de 30 à 49 ans au moment où les autorités chinoises enregistrent le dossier maître. Pour l’adoption d’enfants aux besoins spéciaux, l’âge exigé est de 30 à 54 ans.
• Les deux conjoints doivent posséder un indice de masse corporelle (IMC) de moins de 40.
• Le couple ne doit pas avoir plus de quatre enfants de moins de 18 ans à la maison. Le plus jeune d’entre eux doit avoir atteint l’âge d’un an. L’adoption d’un enfant aux besoins spéciaux n’est pas touchée par cette mesure.


Je ne me souviens pas de ce qui m’est arrivé à l’orphelinat. Peu importe, je vis ici et maintenant, et je suis heureuse au Québec. Je suis à 100% québécoise. Je suis également plus que choyée d’être parmi vous. Et vous savez quoi ? Ma famille, ma vraie famille, c’est celle qui m’a élevée et qui m’aime de tout son cœur. Le sang, ça ne veut rien dire !

Sources :
http://www.quebecadoption.net/
*http://www.enfantsdumonde.org/php/fr/pays_chine.php
http://www.archipel.uqam.ca/909/1/M10058.pdf
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/03/18/005-enfants-adoption-delais-processus-chine.shtml

Image : mon frère et moi lorsque j’avais environ 5 ans.

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