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Mourir avant son temps

Emmanuelle M. Masson - 2e secondaire le 27-01-2014 à 17:04


Énigme de la semaine : Un berger a 27 brebis. Toutes meurent sauf 9. Combien en reste-t-il ?

Bonjour chers lecteurs ! Comment ? Je n’ai pas posté d’article la semaine dernière… ? C’est vrai, j’avoue tout, j’ai « flemmardé » comme certains pourraient le dire. Malgré tout, je n’allais pas vous priver du débat mensuel que j’ai promis, et cet article-ci traitera d’un sujet assez délicat : l’euthanasie et le suicide assisté, selon l’avis des organisations des médecins (FMSQ, FMOQ, etc.)

Pour éviter toute erreur, j’aimerais préciser ce que sont ces deux pratiques. L’euthanasie peut se définir de plusieurs manières. Par exemple, l’Église catholique la définit par le fait que le médecin puisse décider sans le patient s’il vaut mieux le tuer ou non. Selon le dictionnaire Le Petit Larousse (1989), l’euthanasie est l’« ensemble des méthodes qui procurent une mort sans souffrance, afin d’abréger une longue agonie ou une maladie douloureuse à issue fatale. » Le suicide assisté atteint le même but, qui est de soulager de ses souffrances une personne en lui procurant ce qui peut la tuer. « Cela désigne l’acte de fournir un environnement et des moyens nécessaires à une personne pour qu’elle se suicide. Contrairement à l’euthanasie, c’est donc le « patient » lui-même qui déclenche sa mort et non un tiers. »

Pour
Pour ces avis, je suis allée consulter les sites de la FMOQ, de la FMSQ et du Collège des médecins du Québec. Selon un sondage effectué par la Fédération des médecins spécialistes du Québec, 76% de la société québécoise est pour l’euthanasie, alors que 84% des médecins interrogés le sont. En tant qu’être humain à part entière, nous sommes les seuls à décider si nous voulons continuer : quelqu’un qui est atteint d’un cancer dégénératif n’a sûrement pas envie de se voir lentement perdre toutes ses forces et ne désire pas que sa famille souffre longtemps non plus. C’est la liberté individuelle, le respect de la vie d’autrui. Beaucoup de personnes désirent mourir dignement et au moment où elles le souhaitent, plutôt que seules en pleine nuit après s’être longuement battues contre une maladie incurable. Il ne faut pas oublier que pour certains, la mort n’est pas une fin, mais une libération et une façon de recommencer sa vie. Le sentiment d’être dépendant d’un médicament et d’être seul sont parfois des facteurs intolérables et ils rendent la vie avec la maladie très dure : voilà pourquoi un patient devrait pouvoir demander à son médecin d’abréger ses souffrances. Pour éviter les abus, le processus serait strictement encadré (comité de professionnels et lois spéciales par exemple). Certains pays ont déjà légiféré dans ces domaines. Pourquoi ne pas s’en inspirer ? Certes, c’est une question qui touche l’éthique et le juridique, ce qui explique que tous et chacun se sentent concernés.

L’autonomie, comme nous le savons, est très importante. Le patient ne souffrant pas de dépression qui demande répétitivement la mort a sûrement sa raison : raison qui est souvent celle associée à une maladie fatale. Je vais vous poser une question : supporteriez-vous de voir votre mobilité réduire, de perdre votre capacité à vous nourrir ou à vous occuper de votre hygiène personnelle, de voir votre corps se détériorer en même temps que votre esprit, et ce, en sachant que la médecine actuelle n’a pas de solution à votre problème ? Cette pensée peut être insoutenable et c’est souvent elle qui mène à demander le suicide assisté. Il peut s’agir d’une question de compassion, tout en sachant que beaucoup refusent de perdre leur dignité et ne souhaitent pas que leurs proches gardent comme image d’eux celle d’une personne malade. Et lorsque la religion s’amène dans le débat, peut-on vraiment dire que c’est un avis objectif ? Étant athée, je ne voudrais pas me retrouver, par exemple, dans le rituel d’une religion à ma mort. « La religion des uns ne doit pas devenir la loi des autres ». Refuser l’euthanasie, c’est prolonger l’agonie de certains.

Contre
« Ma vie, mon droit »… l’euthanasie et le suicide assisté ne sont pas des questions privées : personne n’est une île sans influence. Cela implique non seulement des médecins, mais aussi la famille et les amis qui devront vivre avec le sentiment de culpabilité d’avoir tué ou laissé mourir un autre être humain. Nous sommes tous unis les uns aux autres. Laisser quelqu’un mourir volontairement, c’est criminel et contre la loi établie. Notre liberté a ses limites, elle doit respecter la liberté et la morale des autres. Il ne faut pas oublier les gens handicapés influençables ! Respecter l’autonomie pour certains peut mettre en danger la vie des autres, surtout lorsque la famille ou les proches sont mal intentionnés et transforment « droit de mourir » en « devoir de mourir ». Concernant la dignité, la CVQ (Campagne vie Québec) rétorque qu’il n’y a rien de particulièrement digne à avaler un médicament ou à recevoir une injection mortelle : ce n’est pas toujours sans douleur contrairement à certaines idées reçues. Tout ce que l’euthanasie et le suicide assisté font, c’est de tuer une personne qui a le sentiment d’être un fardeau pour la société. La dignité, ce n’est pas quelque chose qui se résume à la santé physique ou mentale, à l’autonomie ou à l’utilité sociale : cela doit se définir personnellement et être plus que ces facteurs. La mort naturelle doit prévaloir au moment qui nous a été assigné : pourquoi vouloir partir plus tôt que ce qui nous a été destiné ? Et puis… ce qui permet de mourir sereinement ne repose pas sur le contrôle et le choix de cette mort, mais plutôt dans le fait d’accepter que notre temps est venu. Les demandes d’euthanasie viennent d’un profond désespoir et il faut aider ces gens à vivre, non à mourir. « Notre société a toujours tendu la main à ses citoyens suicidaires qui ont besoin d’aide pour vivre, et non pour mourir », déclare la CVQ.

Les médecins doivent soutenir les patients dans la souffrance, là se trouve la compassion : ils doivent donner des soins ainsi qu’un soutien efficace. L’euthanasie est tout le contraire de la compassion, car cela signifie de laisser tomber le patient au moment où il a le plus besoin de nous. Et ceux qui croient aider la société en la libérant des coûts reliés à ces soins sont dans le tort : la vie n’a pas de prix et possède une valeur immense. Et malgré qu’il ne manque pas de motifs religieux pour refuser l’euthanasie, ceux-ci ne sont pas nécessaire pour dire non à cette pratique qui s’apparente au meurtre.

C’est déjà tout pour ce débat ! J’espère que vous avez apprécié et je vous invite à exprimer votre avis sur mon article ou à donner une idée d’un débat que vous aimeriez voir au J.E. à l’adresse suivante : « zazou590@hotmail.ca ». J’aimerais terminer sur cette citation humoristique de Guy Bedos : « Le suicide, c’est l’ultime expression de la liberté. De savoir que l’on peut choisir sa mort, ça aide à vivre. »

Réponse à l’énigme : Il en reste 9. Le mot « reste » incite à faire la soustraction, mais il est bien écrit qu’il en reste 9 !

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