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Cessez le cliché !

Emmanuelle M. Masson - 3e secondaire le 12-09-2014 à 13:47


Énigme de la semaine : Un muet va dans une pharmacie pour s’acheter des lunettes de soleil. Pour être compris, il fait le geste de se brosser les dents : le vendeur comprend, la vente se fait et le muet repart. Un aveugle arrive et veut des lunettes de soleil : comment se fait-il comprendre ?

Ahhh, s’il y a bien une chose qui m’énerve, ce sont bien les animaleries ! Évidemment, nous savons tous qu’en animalerie, les animaux sont entassés et malheureux, que les vendeurs vont jusqu’à mentir pour vendre, que les produits n’ont aucune qualité et qu’il est bien mieux d’adopter en refuge ! Les gens qui travaillent en animalerie sont ignorants et ne connaissent rien aux animaux, et le seul concept de pouvoir vendre un être vivant me rend malade. Et qu’arrive-t-il à l’être vivant lorsqu’il n’est pas adopté ? Nous le savons tous : ce sera l’euthanasie. Grrrr !

Ce que vous venez de lire, chers lecteurs, c’est le commentaire typique des défenseurs des droits des animaux. Le cliché animalerie = cruel, alors que refuge = endroit merveilleux. Les scandales reliés aux usines à chiots et les manquements aux normes ont mis toutes les animaleries dans le même panier : elles sont toutes devenues des endroits ignobles, malpropres, où les pauvres animaux sans défense ont moins d’1 m² pour vivre, entassés contre leurs 18 frères et sœurs. Et lorsqu’un vendeur fait mal son travail, tous les vendeurs du monde deviennent ignorants et menteurs. Mieux vaut adopter en refuge, ou l’on peut sauver une pauvre petite bête qui deviendra sans aucun doute notre meilleure amie. Mais moi je dis : cessez le cliché ! C’est sûr, certains endroits sont beaucoup moins recommandables que d’autres, et adopter un animal au Berger Blanc ou à la S.P.A, c’est une bonne action. Mais, mais, mais, ne faites pas l’erreur de confondre réalité et ouï-dire. Sur les forums, par exemple, on incite à ne pas adopter en animalerie à cause des maltraitances plutôt que pour la bonne action d’adopter en refuge. Énorme nuance. Les gens vous recommanderont aux refuges et, en prime, vous raconteront une histoire d’horreur concernant leur expérience dans un centre d’animaux. Mais remettons les choses en place. Je vais vous parler d’une animalerie que je fréquente depuis assez longtemps pour pouvoir en parler en connaissance de cause.

D’abord, j’aimerais qu’on fasse la nuance entre les histoires d’animaux adoptés en animalerie et les histoires d’animaux tout court. Il y a plus d’un an, notre famille a eu l’opportunité d’adopter un chaton. Un petit né à la campagne, que sa mère avait abandonné et qui avait été nourri au biberon. C’était une femelle. Puis il a fallu se raviser et constater qu’il s’agissait en fait d’un mâle. En fait, le doute a subsisté quelque temps. Au final, nous avons reçu un petit mâle qui avait entretemps été gratifié d’un nom de femelle. Histoire banale, non ? Mais imaginez le scandale que mon histoire aurait causé si l’animal avait été acheté dans une animalerie ! Il est parfois dur de déterminer le sexe d’un chaton, même pour les pros. Une autre histoire maintenant : un jour, j’ai vu une souris épineuse à « mon » animalerie. Après une discussion familiale, ma sœur et moi l’avons acheté. Le seul problème était que ces petites bêtes-là, selon certaines informations recueillies un peu plus tard (et quelquefois contradictoires), étaient faites pour vivre à deux. Que faire de Forest-Nanouk, alors ? Nous avons fait du mieux que nous pouvions, mais nous n’avons pas réussi. Je ne savais pas quoi faire avec la souris, et nous avons donc décidé de la ramener là où elle aurait les soins appropriés : à l’animalerie. Un peu lâche, j’en conviens, mais beaucoup mieux pour elle. Alors, après avoir été remise en vente un moment, la souris épineuse a été adoptée par une des employées du centre qui possède plusieurs autres souris de ce type. Aujourd’hui encore, je ne regrette pas cette décision même si j’y pense souvent. Vous voyez, quelquefois le problème, c’est que beaucoup s’obstinent. Ils ne savent pas quoi faire, ils ne voient pas le problème, ils blâment l’animalerie, ils disent que c’est de leur faute si leur animal tombe malade. Et au final, l’animal meurt alors qu’il aurait très bien pu vivre chez quelqu’un de plus attentif. Je ne dis pas que c’est toujours le cas, évidemment : certains endroits où sont vendus des rongeurs, des chats, des chiens et des oiseaux peuvent prendre le blâme. Mais pas toujours. Lorsqu’un animal tombe malade, il peut y avoir beaucoup de raisons : le choc du déplacement, la nouvelle vie, la nervosité, la nourriture, l’eau, la litière… bref, vous voyez où je veux en venir. Maintenant, vous voyez bien les nuances qu’on peut retrouver dans les histoires concernant le fameux « à qui attribuer la faute si l’animal est malade ? », qui se traite au cas par cas selon l’animalerie ou le refuge en question.

Passons au fameux cas de l’animal trop vieux et donc, euthanasié. Encore une fois, il est faux de dire que c’est le destin de tous les animaux. Mon centre d’animaux, par exemple, a un système de transfert. Lorsqu’un animal ne se vend pas quelque part, il peut être transféré vers un autre centre pour avoir plus de chances. C’est par exemple le cas d’un petit pinscher, une femelle très affectueuse et énergique qui a longtemps attendu sa famille avant de partir vers le centre de Westmount. Nous avons adopté notre petit chat Loki alors qu’il avait six mois, et notre chienne Maggie (en 2003) alors qu’elle avait vécu plusieurs transferts. « Mais ce sont encore des animaux des usines ! » me direz-vous. Hé bien, pas toujours. C’est sûr que certains fournisseurs sans scrupule font faire un maximum d’accouplements à un même animal dans une année et ces usines à chiots fournissent la « marchandise » avec comme objectif le souci du profit. Mais d’autres ont de l’éthique et un souci du bien-être de l’animal. Ils sont bien plus nombreux que vous ne pourriez le croire. Le centre d’animaux auquel je me réfère, par exemple, travaille avec les meilleurs centres d’adoption. Plusieurs journées d’adoption (https://fr-ca.facebook.com/naturepet) ont lieu en association avec l’organisme Animatch. D’ailleurs, le dimanche 7 septembre, de 11h à 14h, l’un de ces fameux événements a eu lieu au Centre Laval. Quant aux chats, ils sont tous castrés, stérilisés, vaccinés et sont souvent ensemble dans les cages pour ne pas s’ennuyer. Et pour que les chats ne restent pas cloîtrés dans leur cage toute la journée, le centre près de chez moi ouvre les portes pour laisser la chance à quelques félins de jouer dans l’aire réservée aux employés. Parfois, certains d’entre eux attendent longtemps avant d’être vendus. Avouons-le cependant : en refuge ou en animalerie, les gens cherchent des animaux qui terminent à peine leur sevrage.

Mais parlons-en, des gens ! Car ils ont beau se plaindre, ils font aussi partie du problème. Combien d’entre nous ont déjà eu un animal alors que nous étions plus jeunes et sans savoir nécessairement d’où il provenait ? Cependant, vous l’avez sûrement gardé. Mais voilà le problème : plusieurs ne gardent pas leurs animaux aussitôt qu’un problème apparaît. Ce cliché-là n’est pas mensonger : les gens abandonnent les chiens dans la rue, en campagne et un peu partout. Ils préfèrent laisser chiens et chats dans la ruelle plutôt que de débourser le tarif d’abandon. Ils se disent peut-être que les animaux seront retrouvés et qu’ils iront en adoption gratuitement. Mais c’est rarement le cas. Les bêtes qui ne retrouvent pas leur chemin ne tombent pas toujours sur des âmes généreuses ou sur des refuges. Puis, lorsqu’un enfant leur réclamera un autre chaton, ils iront en acheter un autre et s’en débarrasseront tout aussi vite lorsque le petit chat mignon deviendra un adulte et aura encore besoin de soins. Les animaleries fourniront toujours de nouveaux chatons tandis que l’animalerie refuge, elle, devra toujours reprendre le même chat et lui trouver de nouvelles maisons.

Vous devez sûrement vouloir plus de preuves, non ? Car j’ai parlé de bonnes animaleries, mais pas de mauvais refuges. Hé bien, souvenez-vous du scandale concernant le Berger Blanc, ce refuge pourtant assez valorisé. Ce reportage de Radio-Canada vous informera aussi sur ce sujet, et avec une petite recherche, vous-mêmes pourrez en trouver plus à ce propos. Je sais, l’article date de 2011, mais mon but était bien de prouver que les idées déjà toutes faites à propos des fourrières sont mensongères. Cruauté, maltraitance, incompétence : des actions choquantes sont expliquées dans ces articles. Et le pire, c’est que ce n’est pas fini. Nous aurons beau débusquer ces refuges, d’autres prendront la relève et continueront.

Voilà, c’est tout ! Encore une fois, j’aimerais rappeler que je ne défends pas toutes les animaleries. Je défends seulement celles qui valent la peine qu’on se batte bec et ongles pour faire cesser les clichés. Si vous voyez un refuge ou un centre d’animaux et que vous voyez que cet endroit ne traite pas correctement ses animaux, je vous invite à vous manifester et à informer le plus de gens possible de ne pas aller à cet endroit pour adopter. Je sais aussi, pour ma part, qu’aucun endroit ne sera jamais parfait : tous les animaux ne seront jamais complètement heureux, quel que soit le centre où ils attendent leurs maîtres. Il y aura toujours des progrès à faire, partout, et l’important est d’encourager ceux qui font réellement des efforts mettre en place les meilleures pratiques.

Réponse à l’énigme : Il ouvre la bouche et parle. Il est aveugle, pas muet !

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