Éditoriaux
Sports
Environnement
Société
Socio-culturel
Technologie
Ligne du menu
Portail
T&ealé du menu

Internet tisse sa toile

Emmanuelle M. Masson - 3e secondaire le 15-09-2014 à 23:06


Énigme : Vous êtes dans une chambre sans fenêtre et la porte est fermée. Les quatre murs, le plancher et le plafond sont complètement recouverts de miroirs. À part vous-même, il n’y a rien d’autre dans la chambre. Combien de réflexions de vous-même voyez-vous ?

Au moment où j’écris ceci, cela fait très exactement deux mois qu’une photo a été mise sur internet. Mais pas une photo comme les autre : je parle bien ici de l’image postée sur Facebook par l’humoriste Jay Branscomb avec la légende « Une photo scandaleuse d’un chasseur posant gaiement à côté d’un tricératops qu’il vient de massacrer. Merci de partager pour que le monde puisse montrer du doigt et faire honte à cet homme malhonnête. » (Photo ici en légende à côté de l’article). Cette image date du tournage de Jurassic park, mais c’est cet été que la polémique a vu le jour. Hé oui, polémique ! Car nous savons tous que les dinosaures existent encore, mais qu’ils sont très rares. Les chasseurs comme Spielberg sont ignobles de tuer ces pauvres bêtes sans défense ! Que peuvent faire des griffes, des crocs et une taille de géant contre un fusil ?

C’est bien connu, sur le web, il y a plusieurs types de personnes : il y a les sarcastiques et les p’tits malins (Franchement, pas besoin de « e » sur internet ! En fait, beaucoup d’entre nous n’utilisent pas plus de 50 % des lettres de l’alphabet pour écrire une phrase sur internet). Le problème, c’est que beaucoup oublient que les commentaires ne viennent pas avec un indicateur « Commentaire sarcastique ». Entre les mini-modérateurs, les sarcastiques, les sérieux, les petits malins, les rageux et les trolls, c’est dur dur de s’y retrouver ! Cependant, il est parfois assez drôle de voir certaines histoires être prises au sérieux par tant de personnes. Par exemple, ceux qui ont réellement cru au gag du « Steven Spielberg le tueur de dinosaure », ou encore ceux qui ont prétendu au nouvel An 2014 que « notre belle Terre a déjà 2014 ans ! », sans compter ceux qui se cherchent une vie ou de l’attention (« First ! J’ai posté en premier ! ») et ceux qui se plaignent de tout. Les gens qui détestent absolument tout ce qu’ils voient et qui trouvent que les gens sont débiles sur internet, mais qui pourtant passent leurs journées à aller s’en plaindre sur les blogues. En une seule journée, nous pouvons voir tout plein de phénomènes sur internet : « car lorsqu’on est derrière un écran, personne ne peut savoir qu’on est illettré et ignorant… PERSONNE ! », comme le dit la célèbre image.

Cela nous ramène à mon précédent article « Pour chevaucher le mammouth, que diriez vous d’un homme de Néandertal ? » (http://carrefour.reginaassumpta.qc.ca/spip.php ?article793), où j’avais cité George Church disant que le public doit être en mesure de détecter les situations invraisemblables et impossibles, que les gens devraient user de leur culture scientifique pour réaliser qu’une rumeur répandue n’est pas nécessairement réalisable et possible malgré les avancées actuelles de la science. Mais constater que des gens ont pu croire au gag et croire que le célèbre réalisateur de film avait pu tuer un dinosaure, cela nous ramène aussi aux discussions et aux débats à propos du monde virtuel en ligne, de Facebook, de Twitter, d’Instagram, etc. Sommes-nous si naïfs face à tout cela ? À l’ère où l’information circule presque plus vite que la lumière, ladite information est-elle vraiment considérée comme un atout ou seulement comme un prétexte pour alimenter les conversations et convaincre les parents que oui, un ordinateur personnel, c’est vraiment très très utile. Je me souviens encore lorsque Los Angeles a gagné la coupe Stanley : quelques secondes après le but, des articles sortaient déjà sur le sujet ! Avant, nous n’étions pas tellement conscients de ce qui se passait dans le monde. Maintenant, nous savons tout instantanément. Mais les gens qui vont sur internet, bien souvent, ne sont pas là pour s’informer ou pour faire des recherches. Les gens sont là pour les réseaux sociaux, pour les vidéos de chats et pour plus de blagues impliquant des chats.

On peut bien se demander où est le mal là-dedans : aller au cinéma ou sur internet sont tous deux des loisirs après tout. Internet est un extraordinaire outil qui peut rapidement devenir néfaste. Il suffit de voir toutes les rumeurs qui circulent et qui se répandent en une fraction de seconde. Des blagues qui tournent au désastre, qui montrent que les gens sont bien trop naïfs et qu’il faut superviser attentivement les rapports humain-machine. Je pense notamment à BaldForBieber, à CutforBieber, à la cyberintimidation, aux suicides reliés à internet, à la désinformation¸ aux cybercriminels en tous genres, etc. C’est sûr, internet, c’est utile : notre JE ne pourrait pas être lu sans ce support, par exemple. Et la cueillette d’informations à travers les médias plus traditionnels est plus longue et moins accessible.

Pendant que les gens d’ici se scarifient en croyant à une rumeur à propos de Justin Bieber, il y a des gens sur d’autres continents qui marchent des kilomètres pour quelques gouttes d’eau. Pendant que certains se donnent l’impression d’aider et de faire de la charité en likant sur Facebook, il y en a ailleurs qui travaillent d’arrache-pied pour tenter de faire quelque chose de vrai. Car, le saviez-vous, les likes, en bout de ligne, ce sont des ondes. Des ondes, ça ne se boit pas, ça ne se mange pas. Je le répète une autre fois, pour être sûre que le message passe : les likes sont des ondes. Les ondes ne se boivent pas. Ne se mangent pas. Voilà, c’est dit.

J’espère que l’article de cette semaine vous a plu chers lecteurs ! Ici encore, cette semaine, la nuance est à faire. Je ne dis pas qu’internet est là seulement pour des recherches très sérieuses, non : la toile, c’est aussi pour se détendre et pour partager. Mais où est donc la limite, désormais ? Sur ce, bonne semaine !

Réponse : Aucune puisqu’il n’y a aucune source de lumière.

Espace privé Recalculer cette page *